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Le ramadan en Tunisie consommer, c’est exister



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Le neuvième mois du calendrier musulman est un évènement constituant l’un des piliers de l’Islam avec le jeune du ramadan. Ce mot vient du mot arabe ramid ou al-ramad qui désigne une chaleur torride. Pendant ce mois de jeûne et de piété, les musulmans professent leur foi, élèvent des prières, font un pèlerinage à la Mecque et font l’aumône. En Tunisie, ce mois de ramadan s’accompagne d’une hausse de la consommation de certains produits. Ce phénomène n’est pas sans impact pour les budgets familiaux et les risques sanitaires. Le point sur la fièvre consumériste pendant le ramadan et le pouvoir d’achat des Tunisiens.

Le jeûne de ramadan est un événement majeur de l’Islam. Pendant ce mois sacré, les musulmans jeunent du matin au soir et s’abstiennent de relations sexuelles, d’alcool ou de cigarettes pendant la journée. Ces interdictions entre la première prière avant l’aube et la quatrième de la journée visent à favoriser la pratique d’une vie austère, la spiritualité, le contrôle de soi et la réflexion. En effet, les pratiquants ne se privent pas uniquement de nourriture mais prient ou lisent le Coran tout en oubliant les animosités. Les jeuneurs pratiquent l’aumône à la fin du mois de piété. En fait, le ramadan est caractérisé aussi par la frénésie de la consommation. En effet, les Tunisiens ne mangent et ne boivent de l’eau pendant la journée. La plupart des restaurants et cafés sont fermés la journée sauf dans les zones touristiques. Mais chaque soir, après l’appel à la prière, la famille fait la rupture du jeûne et mangent abondamment. Ils font aussi une surconsommation lors de la clôture du jeûne, le premier jour du mois suivant.

C’est ce qu’a indiqué Hassen Zargouni, DG du Sigma Group sur Mosaïque FM. A son avis, le budget alimentaire d’un ménage tunisien affiche une augmentation de 30 à 50 % au mois du ramadan. La hausse du budget consacré à la nourriture se répercute sur le budget des autres dépenses, le porte-monnaie et la santé des Tunisiens. C’est dû au fait de la consommation excessive de sucreries, de gras et de tabac qui peuvent engendrer les maladies comme le diabète, l’hypertension artérielle ou les maladies cardio-vasculaires. Le DG du Sigma Group a aussi révélé que certains Tunisiens ont acquis l’habitude de s’adonner à des jeux d’argent pendant ce mois de jeûne.

Concernant les produits les plus consommés par les Tunisiens, M Zargouni a indiqué que la surconsommation concerne notamment les œufs, mais aussi les produits de mer comme le thon, le produits laitiers et la viande blanche. Les brik sont également pris d’assaut par les consommateurs qui engloutissent 80 % de la consommation de l’année. Et ce, malgré le pouvoir d’achat en berne. Or, si la demande dépasse l’offre pour certaines denrées alimentaires, les vendeurs des produits augmentent leur production et leur prix. Pour éviter l’envolée du prix, le ministère du Commerce décide alors de stocker des produits dans les mois avant le ramadan afin de les écouler sur le marché et contrôler l’inflation des prix. Les préparatifs gouvernementaux liés à ce mois tournent autour de stockage de produits afin de garantir l’approvisionnement des Tunisiens durant le ramadan pour les produits de consommation comme les œufs, le lait et les viandes blanches. Le Ministère de commerce adopte aussi une politique de fixation de prix ou de baisse de prix pour certains produits alimentaires. Les 20 points de vente dans les régions en coopération avec l’UTAP et les opérations de contrôle et d’inspection sanitaire de prix permettent de mieux maîtriser la volatilité des prix. Les opérations de vérification de prix concernent les cafés, les pâtisseries, les espaces de loisir, les marchés de gros, les magasins de prêt-à-porter, les grandes surfaces etc. Le Ministère a également diffusé des spots publicitaires visant à sensibiliser la population sur le gaspillage du pain pendant le mois de ramadan. Il est évident que ces mesures ne vont pas plaire aux spéculateurs mais le gouvernement est obligé de maintenir le pouvoir d’achat des Tunisiens afin de ne pas aggraver la crise économique et sociale.

La subvention à ses besoins est difficile pour de nombreuses familles de la classe moyenne et de la classe pauvre avec la hausse de prix de denrées, l’inflation et les salaires gelés. L’augmentation de prix se fait sans préavis en dépit des efforts du Ministère de Commerce et de l’intérieur dans la lutte contre la spéculation et le monopole. Certains prix ont connus ainsi une augmentation allant jusqu’au double ou triple de leur prix initial en quelques années. Or, le salaire n’a pratiquement pas augmenté depuis plusieurs années, malgré les négociations sociales de l’Union tunisienne générale du travail (Ugt). La préservation du pouvoir d’achat des Tunisiens constitue ainsi un problème concernant tous les circuits de distribution et le système de subvention du pays. La nomination d’une nouvelle cheffe de gouvernement n’a pas apporté les effets escomptés. Le pouvoir d’achat des tunisiens continue de dégringoler.

Les économistes mettent cette baisse du pouvoir d’achat sur le compte de pressions budgétaires des foyers avec les revenus limités. Ces derniers sont obligés d’adopter de nouveaux modes de consommation pour réduire les dépenses.

Face à un tel constat économique, on pourrait penser que la classe moyenne et la classe pauvre sont en voie de disparition. La régression du pouvoir d’achat de la classe au revenu médian est tangible depuis la dernière décennie, plus précisément entre 2011 à 2021 selon des sources non-officielles, avec une chute allant jusqu’à 40 %. L’enquête réalisée par l’Institut tunisien d’études stratégiques indique une chute du pourcentage du pouvoir d’achat de la classe moyenne de 20 % en 8 ans. Ce groupe englobe les fonctionnaires, les chefs de PME, les salariés dans les entreprises privées… La baisse se traduit par le solde débiteur et l’accumulation de dettes des ménages.

Pour remédier à cette situation, l’Etat pourrait opter pour les augmentations salariales si la lutte contre la hausse de prix n’est pas satisfaisante. Mais dans notre situation économique actuelle et la conjoncture sanitaire, une hausse des salaires est-elle envisageable ? Il y a peu de place pour l’optimisme. Le baromètre d’Emrhod consulting du mois de juin 2021 a d’ailleurs indiqué que 76 % des personnes sondées déclarent se soucier de la dégradation de leur pouvoir d’achat et du coronavirus tandis que 21 % seulement déclarent avoir peur du coronavirus. L’envolée de prix, le sous-emploi, les pertes d’emplois, l’inflation impactent lourdement sur les couches vulnérables de la société tunisienne. L’économiste Ridha Chkondali a avancé la nécessité de la réactivation de rôle social de l’Etat en termes d’éducation, de transport et de santé afin d’offrir les meilleurs services aux citoyens. Ce qui pourrait aider dans la préservation du pouvoir d’achat des tunisiens, sans pour autant diminuer les prix et augmenter les salaires, dixit l’économiste. Il a expliqué aussi qu’il est question de créer de nouveaux postes d’emploi pour encourager l’investissement. Notons que face à l’inflation et l’augmentation des prix sur le marché, l’ODC a d’ailleurs rénové son staff. Un nouveau bureau exécutif composé de 15 membres dont 3 femmes est le fruit du 7ème Congrès de l’organisation de défense du consommateur (ODC) qui s’est déroulé le 5 et 6 novembre 2021. Un nouveau bureau que les citoyens souhaitent être capable de réaliser un redressement du pouvoir d’achat des Tunisiens.      

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